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Voeux du Président de la République au corps diplomatique étranger : extraits (20 janvier 2012)

Le 20 janvier 2012

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Aux portes de l’Europe, le Maghreb et le Machrek connaissent des bouleversements sans précédent. Les peuples se sont mis en mouvement au nom des valeurs universelles qui nous sont chères : la liberté, la démocratie, la justice. Notre devoir est d’accompagner ces peuples, avec amitié et sans ingérence.

Gardons-nous de jugements hâtifs ; gardons-nous de jugements prématurés ; laissons du temps aux nouveaux dirigeants du Maghreb et du Machrek. Construire la démocratie, la France le sait, n’est pas une chose facile. L’enjeu des transitions démocratiques en cours, ce n’est pas tant la place des forces politiques qui revendiquent un lien fort avec l’Islam. L’enjeu, c’est que ces partis respectent les règles et les exigences de la démocratie, qui sont l’acceptation de l’alternance et le respect des minorités. La minorité politique, les communautés minoritaires doivent être respectées ; c’est toute la richesse de l’Orient que de garder cette diversité.

Monsieur Lemmens, dites bien à Sa Sainteté que la France n’oublie pas les chrétiens d’Orient, où qu’ils se trouvent. Les chrétiens d’Orient sont une des richesses de l’Orient. Ils ne sont pas seuls. La France sera de façon déterminée à leurs côtés. La France est laïque, la France est démocratique, la France est républicaine. La France veille sur son territoire à ce que chacun puisse vivre son engagement religieux et le transmettre à ses enfants. Mais la France entend que sur tous les territoires du monde, il puisse en aller de même pour toutes les minorités religieuses. C’est un sujet considérable qui touche absolument le cœur de nos convictions.

Vous avez d’ailleurs évoqué les racines judéo-chrétiennes, vous savez très bien, Monsieur Lemmens, que c’est un sujet de grande harmonie entre nous. Il n’y a pas de civilisation sans racine. Nous aiderons à la réussite de ces jeunes démocraties. C’est le « partenariat de Deauville » et ce sont les relations que nous entretenons avec nos nouveaux partenaires. Alain Juppé, à qui je veux rendre hommage, vient de faire une visite couronnée de succès en Tunisie et nous recevrons le mois prochain le président de la Tunisie, un pays dont la France se sent si proche, pour inventer un partenariat sans précédent. 2012 sera l’année de la refondation de l’Union pour la Méditerranée.

2012, année d’espoir, pour plusieurs peuples du Proche-Orient, mais aussi année de tous les dangers.

En Syrie, nous ne pouvons pas accepter la répression féroce menée par les dirigeants syriens contre leurs peuples, répression qui conduit tout droit le pays au chaos. Et ce chaos profitera aux extrémistes de tous bords. La Syrie appartient au peuple syrien ; il doit, enfin, pouvoir choisir librement ses dirigeants et décider de son destin. La Ligue arabe s’est engagée dans une action courageuse. Elle doit la poursuivre et le Conseil de sécurité, dont c’est la mission, doit lui apporter son concours.

Nous ne voulons pas nous ingérer dans les affaires syriennes et nul, plus que moi, n’a essayé, avec sincérité, de tendre la main à Bachar El Assad. Mais, à un moment, chacun est confronté aux réalités, et la France ne se taira pas devant le scandale syrien.

Danger pour le Liban, pays dont nous nous sentons si proches. Il y a des soldats français au Liban, sous mandat de l’ONU, depuis près de trois décennies. Mais ces soldats au service de l’ONU sont là pour défendre un Liban souverain et indépendant. Pas un Liban asservi. Un Liban souverain et indépendant. Et, là aussi, l’avertissement de la France est clair. Tous ceux qui s’en prendront à un soldat français en assumeront immédiatement les conséquences. Nous ne laisserons pas le Liban, mais nous ne serons pas complices d’un asservissement du Liban, qu’il vienne de l’extérieur ou qu’il vienne de l’intérieur. La France est l’amie de tous les Libanais, sans aucune exception ; et comment d’ailleurs pourrais-je évoquer la nécessité de la diversité en Orient et choisir nos amis au Liban ? Nous sommes l’ami de tous, de tous sans exception. Mais pour un Liban libre, pour un Liban souverain, pour un Liban qu’on laisse en paix, pas pour un Liban que l’on voudrait asservir.

Danger pour l’Irak, menacé par la résurgence des tensions religieuses et du terrorisme. Le monde a besoin d’un Irak uni et divers. Et ce serait un grand drame que l’explosion de l’Irak.

Danger au Yémen, où la transition démocratique tellement attendue doit être menée conformément aux engagements pris et aux résolutions du Conseil de sécurité.

Danger, enfin, dans la paralysie inacceptable du processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens. Il faut une relance rapide, crédible, de la négociation, avec un calendrier précis et un mécanisme de suivi. Comment ne pas comprendre que les « printemps arabes » rendent encore plus inacceptable la situation du peuple palestinien ? Comment ne pas le comprendre ! ? Voilà que tout bouge en Orient et il faudrait que ce soit l’immobilisme glacé entre Palestiniens et Israéliens. Il faut changer la méthode, le Quartet est un échec. Arrêtons avec les présupposés de la diplomatie. Arrêtons de nous masquer la réalité : c’est un échec. Changeons la méthode. Il faut élargir le cercle de la négociation. Il faut remobiliser les acteurs, tous les acteurs qui peuvent contribuer au règlement du conflit central. La position de la France est claire. Nous n’accepterons jamais que soit mise en cause la sécurité d’Israël. Nous le disons à chacun. Israël n’est pas seul. La naissance d’Israël, au tournant de la moitié du XXème siècle, est un fait politique majeur de l’Histoire du monde, au lendemain de la tragédie de la Shoah. Ceux qui menacent l’existence d’Israël doivent savoir que nous n’accepterons jamais la disparition, la mise en cause de l’intégrité de ce pays.

La position de la France est claire, s’agissant des Palestiniens. Ils doivent accéder à un État démocratique, viable, moderne. Combien de décennies encore, alors qu’ils attendent depuis si longtemps ; et qui ne voit que la meilleure condition de la sécurité d’Israël, c’est l’existence d’un État palestinien ?

La France a pris ses responsabilités lorsqu’il a fallu voter l’adhésion des Palestiniens à l’UNESCO. C’est un choix fort, c’est un choix réfléchi. Comment refuser aux Palestiniens l’entrée dans un organisme qui met l’éducation et la culture au service de la Paix ? La France n’accepte pas ce statu quo parce que ce statu quo est porteur de tant de menaces.

Enfin il y a la question de l’Iran et de son programme nucléaire militaire. L’AIEA a révélé les progrès réalisés par le régime iranien dans sa course insensée vers la bombe nucléaire. La base militaire de Qom commence à produire de l’uranium hautement enrichi. Les dirigeants iraniens ont menti, pas une fois ; les dirigeants iraniens ont menti de façon continue et à tout le monde.

Permettez-moi de partager avec vous deux convictions : la première, c’est qu’une intervention militaire ne règlerait pas le problème, mais elle déchaînerait la guerre et le chaos au Moyen-Orient. Et peut-être, hélas, plus encore. Tout doit être fait pour éviter une intervention militaire. Et ma deuxième conviction, c’est que le temps est compté. La France fera tout pour éviter une intervention militaire, mais il y a une seule solution pour l’éviter, c’est un régime de sanctions beaucoup plus fort, beaucoup plus décisif, qui passe par l’arrêt de l’achat de pétrole iranien par tous et le gel des avoirs de la Banque centrale iranienne. Ceux qui ne veulent pas le renforcement des sanctions à l’endroit d’un régime qui conduit son pays au désastre, avec l’acquisition de l’arme nucléaire, porteront la responsabilité du risque d’un déchainement militaire. La paix passe par des sanctions renforcées pour éviter ce risque d’engrenage mortel.

Notre objectif est d’être à côté du peuple iranien, mais pour cela il faut contraindre ses dirigeants à négocier sérieusement avant qu’il ne soit trop tard. Et je remercie Alain Juppé de tous les efforts qu’il fait pour obtenir le consensus mondial. Je le dis d’ailleurs à nos amis chinois comme à nos amis russes : aidez-nous à garantir la paix dans le monde. Nous avons clairement besoin de vous.

Nous avons clairement besoin de vous. Et je pèse mes mots.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, merci de m’avoir prêté votre attention. Je forme à mon tour des vœux pour chacun de vos pays, pour chacun de vos dirigeants, et puis je forme des vœux pour vous-même. Alors quels vœux pourrais-je former pour vous ?

Eh bien, que l’année 2012 voie vos gouvernements vous maintenir à Paris. Car, après tout, n’est-ce pas les vœux les plus chaleureux qu’on peut former pour des gens qu’on respecte et qu’on aime ? Et de vivre et de continuer à vivre dans la plus belle capitale, permettez que je le dise, du monde ?

Alors, que 2012 vous voie demeurer à Paris, avant que 2013 ne vous voie franchir une nouvelle étape dans vos carrières brillantes, pour que Paris soit au fond votre tremplin.

Bonne année à tous. Merci.

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