Monsieur Chehbouni, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Abdelghani Chehbouni, je suis directeur de recherche à l’IRD, j’ai un doctorat en hydrologie et techniques spatiales et une habilitation à diriger des recherches dans le même domaine. Mes travaux de recherche portent sur la gestion de l’eau dans les zones arides utilisant particulièrement les données satellites.
Je suis affecté en Egypte et au Moyen Orient comme représentant de l’IRD depuis le premier septembre 2008, mais j’ai pris effectivement mes fonctions depuis le premier juillet 2009. Avant cela j’étais représentant au Mexique et je m’occupais aussi de l’Amérique centrale et des Caraïbes.

Monsieur Chehbouni, vous avez été nommé ici en Egypte alors que votre mandat au Mexique n’était pas achevé. Donnez-nous un peu les raisons de cette accélération.
Ma nomination ici en Egypte alors que mon mandat n’était pas terminé au Mexique dénote une volonté politique de l’IRD de changer l’échelle en termes de coopération scientifique et technique avec la République Arabe d’Egypte. Cette volonté partagée s’est récemment traduite par la signature d’un accord cadre de coopération entre l’IRD et le Fonds pour la Science et le Développement technologique (FSDT). Cet accord a été signé le 22 avril 2009 à Paris en présence de Monsieur le Ministre égyptien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Hany Helal, et de la Ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mme Valérie Pécresse.
Cet accord consiste à la mise en place d’un fonds commun qui se monte à 1,8 millions d’euros par an financé d’une façon paritaire entre l’IRD et le FSDT. Ce fonds servira dans les mois à venir à financer des programmes de recherche qui seront sélectionnés sur des thèmes identifiés comme prioritaires par les deux parties. Les thèmes prioritaires sont cinq : le premier thème est celui de l’Environnement et des technologies de l’eau, le deuxième thème est celui de l’Agriculture et de l’alimentation, le troisième est celui des Sciences de la santé et de la vie, le quatrième concerne les Sciences spatiales et le cinquième les Sciences humaines et sociales.
Comment cet accord sera-t-il concrètement mis en œuvre ?
Un accord de mise en œuvre de l’accord cadre est en train d’être discuté. Cet accord va définir les modalités pratiques pour la gestion du fonds commun, mais en gros l’idée est la suivante. Il va y avoir des appels d’offre qui vont être lancés conjointement par la partie française et la partie égyptienne. Les scientifiques des deux pays doivent répondre conjointement aux appels d’offre. Nous sollicitons donc de cette façon la formation d’équipes mixtes. Ces projets seront évalués par un comité de sélection qui va être mis en place dans le cadre de l’accord de mise en œuvre. Une fois qu’ils seront acceptés, ils vont être financés. Enfin, il va y avoir aussi un comité de suivie de ces projets, d’évaluation et de définition des priorités.
En plus des projets de recherche, d’autres instruments de coopération vont être financés par ce fonds et notamment ceux des chaires d’excellence, des unités mixtes internationales, des laboratoires mixtes internationaux, des jeunes équipes associées, des bourses de longue durée pour les jeunes chercheurs ou pour les chercheurs seniors afin qu’ils puissent se rendre en France ou en Egypte.
Je pense que ce mode de fonctionnement est un mode assez nouveau par rapport à la façon dont l’IRD travaille dans le monde. A ma connaissance ce n’est qu’avec le Brésil où nous avons un appel d’offre commun de ce type là. Cela confirme donc le changement d’échelle dont j’ai parlé précédemment et les ambitions que nous avons tous les deux pour faire en sort que la recherche scientifique, la formation, l’expertise collégiale, et la capacité building soient vraiment un levier de développement social et économique. Ce changement d’échelle en termes de coopération entre l’Egypte et l’IRD a été concrétisé tout d’abord par le changement du siège de l’IRD en Egypte. Maintenant nous sommes installés confortablement dans une villa à Maadi de façon à ce qu’on puisse travailler dans des meilleures conditions.
Cette parité dans le montage de notre collaboration dénote aussi qu’on est en train de collaborer entre égaux et que le fait que les Universités françaises permettront à ce que leurs étudiants puissent venir faire une partie de leurs études ici en Egypte est un gage de confiance que nous avons dans le système universitaire égyptien.
Enfin, le représentant en Egypte que je suis a aussi compétence sur le Liban, la Jordanie, la Syrie et la Libye. Cette décision de l’IRD de me nommer représentant régional basé en Egypte dénote le poids non seulement politique et économique mais aussi le poids scientifique de l’Egypte. Et nous espérons qu’à partir de l’Egypte et avec nos partenaires égyptiens nous allons monter des programmes à dimension régionale, en direction du Moyen Orient et de l’Afrique. Ces programmes ne seront pas financés par le fonds commun IRD-FSDT mais par d’autres mécanismes, dans le cadre d’autres programmes à vocation régionale tels que le 7ème PCRD.
