Ségolène Royal : Le marché africain de l’investissement sur l’énergie intéresse les entreprises

Durant sa visite en Egypte ,le 23 février, Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement et de l’Energie, s’est exprimée, à Al Ahram Hebdo, sur les objectifs de sa tournée africaine et ses responsabilités en tant que nouvelle présidente de la COP21.

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Al-Ahram Hebdo : Quels sont les objectifs de votre tournée africaine ?
Ségolène Royal : Cette tournée africaine d’une semaine vient dans le cadre des responsabilités qui m’ont été confiées : la présidence de la COP21. Mon rôle aujourd’hui est triple, il est d’une part de continuer à entretenir l’élan de la dernière Conférence de Paris (COP21) et de faire en sorte qu’un maximum de pays signent l’accord de Paris, le ratifient puis appliquent dans leurs législations nationales les engagements qu’ils ont pris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le second objectif est de m’assurer que les travaux avancent dans une des coalitions qui me tient particulièrement à coeur et qui a été annoncée à Paris : celle de l’initiative africaine pour l’accès aux énergies renouvelables.

— Pourquoi avoir commencé cette tournée par l’Egypte ?
— L’Egypte préside le Comité des Etats africains du changement climatique, et le ministre de l’Environnement égyptien préside l’AMCEN qui est la Conférence africaine des ministres de l’Environnement. Donc, on a vraiment ici un pays stratégique, un pays-clé sur l’avancée de l’initiative africaine pour les énergies renouvelables. Après l’Egypte, je vais en effet aller dans plusieurs pays, comme l’Ethiopie qui est un pays africain des plus imaginatifs, des plus créatifs, des plus avant-gardistes pour l’usage de l’énergie renouvelable, géothermique en particulier. Je vais aussi à la Banque africaine de développement à Abidjan, puisque c’est la troisième responsabilité qui est la mienne, celle de la question de la mise en place des financements. Il faut que les financements promis arrivent et se traduisent par des actions rationnelles.

— Quels ont été les sujets abordés avec le président égyptien ?
— J’ai rencontré le président Sissi pendant une heure vingt-cinq. Je le vois très motivé et impliqué, très clair et précis sur l’ensemble des sujets énergétiques et géostratégiques. Il a confirmé qu’il sera présent le 22 avril à New York dans la cérémonie de signature de l’accord de Paris, et cela est très important parce qu’il peut entraîner d’autres chefs d’Etat et de gouvernement à venir aussi. J’ai pu bien comprendre ce qu’il attendait des partenariats avec la France et de ses projets dans le domaine des énergies renouvelables, notamment du projet d’une très grande centrale photovoltaïque en Egypte auquel le président tient beaucoup. C’est typiquement ces types de projets qui doivent trouver des financements. Je me suis engagée à regarder de très près ce projet pour voir comment on pouvait aider à son émergence, y compris avec des partenaires. On va étudier officiellement si on pourrait aider dans le financement de ce projet. Ensuite, on a échangé sur les problématiques de développement durable, sur la question de l’eau, de la désertification, de la montée de la Méditerranée, toutes ces problématiques que l’Egypte a déjà d’ailleurs évoquées dans tous les documents qu’elle avait transmis lors de la COP21. J’ai posé la question sur le barrage de la Renaissance parce que c’est un débat très intéressant, c’est la question de solidarité entre l’aval et l’amont sur le même fleuve. On a eu un échange sur les structures que j’avais mises en place en France le long des fleuves, puisque désormais, sur l’hydroélectricité dans la loi de transition énergétique, il y a la réflexion par bassin, c’est-à-dire qu’on est obligé de prendre en considération tout ce qui se passe sur le même fleuve. Et c’est donc une des pistes sur laquelle la France est prête à coopérer. Et moi je suis prête à mettre au service à la fois de l’Ethiopie et de l’Egypte les experts des solidarités amont-aval.

— L’application de l’accord de Paris c’est le sujet de cette tournée africaine. En quoi consiste exactement cette application ?
— C’est l’engagement de réduire le réchauffement climatique et ce, en limitant les énergies fossiles, mais il n’y a pas que cela ! Il y a aussi toute la problématique de l’adaptation, c’est-à-dire comment on aide les pays les plus vulnérables et les plus victimes du réchauffement climatique à avoir des moyens pour contrecarrer, compenser ces dégâts relatifs au changement climatique et donc l’accès à l’énergie. Il existe des centaines de projets qui ont émergé. Donc, il va falloir classer ces projets sous forme de priorité, sous forme de nature d’énergie et puis voir ensuite comment passer rapidement à l’action puisqu’il y a 10 milliards de dollars qui ont été promis pour l’électrification de l’Afrique.

— Fournir le financement pour les projets climatiques est un problème. Comment le surmonter ?
— Au contraire, il existe plusieurs sources de financement, il y a la Banque mondiale, le Fonds vert, la Banque africaine de développement, les contributions privées et les fonds d’investissement. En fait, le marché africain de l’investissement sur l’énergie est un marché qui intéresse les entreprises. Cela est une très bonne chose parce que ce qu’il faut c’est réussir à faire des partenariats entre les Etats (des fonds publics), les entreprises (les fonds d’investissement), l’aide au développement et l’aide des grandes institutions financières ... et cela va dépendre de la nature des projets.

— La société civile joue-t-elle un rôle dans le domaine du climat ?
— La société civile a été très présente à la Conférence de Paris. Il faut continuer à l’animer pour continuer à être partie prenante de la suite de l’accord de Paris. Nous avons organisé un débat planétaire citoyen qui va continuer dans une centaine de pays. Il y a ce qu’on appelle le « business dialogue » et des conférences des investisseurs. Donc, il y aura un « nouveau business » dialogue à New York avant la conférence de signature, et entre-temps, j’ai réuni à Paris aussi un « business dialogue ». Je considère cela très important parce que dès que ces entreprises décident d’entrer dans la transition énergétique, c’est gagné.

Dernière modification : 08/03/2016

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