Journée d’étude sur le bain collectif en Égypte

Même si ses hammams sont aujourd’hui pour la plupart à l’abandon, l’Égypte possède une tradition balnéaire millénaire. Le bain collectif a été introduit en Égypte à la fin du IVe s. av. J.-C. avec la conquête d’Alexandre. Les Égyptiens, les Grecs, les Romains puis les Arabes se
transmettent cette pratique à la fois hygiénique, culturelle et sociale en la faisant évoluer.

Ces édifices, généralement bien conservés, en raison des matériaux de construction utilisés (briques et mortier), sont donc des témoins archéologiques majeurs pour suivre la manière dont une population indigène s’approprie une pratique culturelle importée. Plus encore, les
sociétés qui se succèdent sur le sol égyptien ne manquent pas d’adapter ces nouveautés à leur propre vision de l’hygiène corporelle, donnant naissance du même coup à des lieux de sociabilité et d’identité.

Lors de son implantation par les Grecs en Égypte, le schéma architectural traditionnel du bain grec doit prendre en compte la vision particulière qu’avaient les Égyptiens du corps, de l’hygiène et de
l’intimité. Ainsi, dans les édifices découverts en Égypte, on constate la multiplication de baignoires individuelles, là où se tiennent traditionnellement de grandes piscines. Le bain collectif grec revisité par les Égyptiens a rencontré un tel engouement que le modèle
romain des thermes ne semble pas s’être imposé aussi facilement. Jusqu’au IIIe siècle après Jésus-Christ, on les trouve uniquement dans les garnisons romaines. Il faut attendre que la population
égyptienne puisse accéder à la citoyenneté romaine pour que les thermes se développent. Être romain, c’est vivre à la romaine, donc adopter les coutumes de ce peuple.

Avec l’arrivée de l’Islam en Égypte, les Arabes continuent d’abord à utiliser le bain byzantin, avant que les Fatimides importent leur propre technique : la vapeur est désormais transmise depuis le toit des hammams et non plus par un système thermique dans le sous-sol. Après un apogée aux époques mamelouke et ottomane, ainsi
qu’une période de renaissance sous le règne de Mohamed Ali, le hammam disparaît progressivement des villes égyptiennes ; il ne reste actuellement que quelques édifices en activité au Caire et un
patrimoine encore insuffisamment connu et exploité dans le reste de l’Égypte.

En 2006, le programme Balnéorient auquel s’est associé l’Ifao, a entamé l’étude globale du bain collectif en Orient (Proche-Orient, Égypte et péninsule Arabique). Un premier colloque, organisé à Alexandrie la même année, a permis de faire le point sur l’état de nos connaissances et a ouvert de nouvelles problématiques pour l’Égypte (paru en 2009 aux presses de l’Ifao).
Le colloque organisé au Caire par Bérangère Redon (Ifao) le 26 octobre, dans les locaux du Service des antiquités égyptiennes, a pour but de permettre de répondre à ces interrogations, d’autant
plus que les fouilles récentes de sauvetage menées en Égypte par le Service des antiquités égyptiennes et par des missions étrangères ont mis au jour de nombreux établissements balnéaires permettant de mieux saisir les évolutions jusqu’à l’époque médiévale et moderne.

Ce colloque cherchera à répondre aux questions suivantes : comment s’inséraient les bains collectifs dans le tissu urbain des villes et villages égyptiens ? Qui les fréquentait ? Comment expliquer l’absence de thermes en Égypte à l’époque romaine ? Comment s’est opérée la transition entre l’époque byzantine et médiévale ? Il réunira une dizaine de chercheurs, Égyptiens, Français, Européens, qui exposeront le résultat de leurs travaux portant sur un édifice particulier, dans des
régions aussi diverses que l’arrière-pays alexandrin, Le Caire, la Haute Égypte ou les déserts occidentaux.

Organisateur : Institut français d’archéologie orientale, Bérangère Redon (membre scientifique)
Date de la journée d’étude : 26 octobre 2010, 9h-18h
Lieu : Conseil suprême des antiquités, Zamalek, Le Caire
Contact : Bérangère Redon (bredon@ifao.egnet.net)

Dernière modification : 25/10/2010

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