Dr. Emmanuelli, fondateur du SamuSocial International était l’invité de l’IFE de Mounira [ar]

A l’occasion de la visite du Dr Emmanuelli au Caire du 12 au 15 décembre, l’Ambassade de France et l’IFE ont organisé une conférence le 14 décembre à l’IFE. Le Dr Emmanuelli y a traité du thème de la lutte contre l’exclusion sociale dans les grandes métropoles urbaines et la méthodologie Samusocial.

La conférence a débuté par une présentation du Dr Xavier Emmanuelli, ancien ministre, Président-fondateur du Samusocial Paris et du Samusocial International* puis une table ronde s’est tenue autour de la coopération franco-égyptienne pour la prise en charge médico-psychosociale des enfants des rues du Caire. A cette occasion des professionnels médicaux et sociaux et des responsables d’ONG ont évoqué des actions concrètes, des difficultés et des victoires du quotidien.
La soirée s’est conclue par un cocktail où chacun a pu continuer à échanger autour du buffet.

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A cette occasion, nous avions interviewé le Dr Emmanuelli à quelques jours de sa visite afin d’en savoir davantage sur le Samusocial International.

1. Pouvez-vous nous rappeler les étapes de votre parcours qui vous ont menées à créer le Samusocial Paris puis le Samusocial International ?

Je suis avant tout un médecin urgentiste. Avec Médecins Sans Frontières, que j’ai contribué à créer, je suis intervenu sur les lieux de catastrophes et de guerres partout dans le monde ; en France, j’ai eu la chance de participer aux débuts du SAMU médical, concept révolutionnaire à l’époque puisque la médecine devenait mobile, les médecins quittaient l’hôpital pour se rendre sur le lieu des urgences.
En tant que médecin, j’ai aussi été amené à rencontrer des personnes présentant bien des formes de souffrances qui n’étaient pas issues de blessures ou de maladies. Lorsque j’étais médecin chef à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, j’ai vu les ravages de la toxicomanie, de la solitude, de la violence. C’est lorsque j’ai travaillé à Nanterre, dans un centre qui recueillait tous les naufragés de la rue, que j’ai compris que l’exclusion était une forme de pathologie : ces sans-abri présentaient des signes cliniques témoignant de l’abandon médical mais aussi psychologique dans lequel l’exclusion les avait plongés. C’est alors que j’ai eu l’idée de décliner la méthode SAMU à l’urgence sociale : les exclus sont en danger, comme les accidentés de la route, il faut développer des dispositifs mobiles, des ambulances, avec des médecins, des psychologues, pour aller à leur rencontre et leur porter secours. Jacques Chirac, alors Maire de Paris, m’a donné les moyens de mettre en place le Samusocial à Paris ; nous avons commencé avec un camion, et puis progressivement notre action a rendu visible ceux qui se cachaient – puisque le vagabondage était un délit. Le Samusocial est devenu un dispositif indispensable, et beaucoup d’autres villes nous ont demandé de les aider à développer des actions pour les plus exclus chez eux. C’est pourquoi j’ai créé le Samusocial International, qui depuis 15 ans s’est décliné de Moscou à Lima, de Bruxelles à Dakar, et jusqu’ici au Caire.

2. Quelle est la méthode du Samu Social ?

Je suis content que vous posiez votre question en ces termes car, en effet, le Samusocial International est avant tout une méthode, qui a pour but de lutter contre l’exclusion sociale des personnes les plus fragiles. Pour parvenir à atteindre les victimes de l’exclusion, ceux qui sont dans un état d’abandon tel qu’ils sont en danger, nous avons développé une méthode spécifique de l’urgence sociale. Cette méthode consiste tout d’abord à aller à la rencontre des plus exclus sur leur lieu de vie, dans la rue (principe de mobilité) afin d’identifier les urgences non seulement médicales mais aussi médico-psychosociales (principe d’urgence). Cela implique d’être joignable, de jour comme de nuit, lorsque les services médicaux ou sociaux font défaut (principe de permanence) ; cela implique également le fait de s’appuyer uniquement sur des équipes professionnelles expérimentées et formées à la méthode Samusocial car le travail avec les personnes sans abri ne s’improvise pas (principe de professionnalisme), donc des médecins, des travailleurs sociaux, des psychologues (principe de pluridisciplinarité). Mais l’exclusion sociale est une urgence permanente, il faut donc surtout travailler à recréer du lien social pour sortir de cette urgence. J’aurai l’occasion de vous en dire davantage lors de la conférence ; d’ailleurs je tiens à remercier tout particulièrement l’Ambassade de France et l’Institut Français pour leur soutien et leur implication aux côtés du Samusocial International.

3. Pourquoi pensez-vous qu’il est important que le Samu Social intervienne en Egypte ?

Au Caire comme dans toutes les mégapoles, le phénomène de l’urbanisation va plus vite que la planification du développement urbain : ainsi on constate partout une organisation anarchique de l’espace, le développement de banlieues ou de bidonvilles, l’individualisation et la précarisation des modes de vie, la modification des relations et solidarités communautaires et familiales… En ville, chacun devient étranger à l’autre.
Dans toutes les grandes villes, les enfants et les jeunes sont les premiers à en faire les frais : lorsqu’ils vivent une rupture familiale, ils se retrouvent très vite en situation de grande exclusion. L’action du Samusocial en Egypte est importante car elle contribue à aider ces enfants et ces jeunes qui n’ont aucune protection, ne sont pas acceptés par les services sociaux et médicaux classiques, et s’exposent de ce fait à des risques mettant en péril leur santé et leur vie. Les ONG comme le Samusocial restent les seuls acteurs capables de les protéger, de les soigner, de les soutenir psychologiquement, de les aider à retrouver leur dignité et les orienter petit à petit vers des projets hors la rue. Ces enfants et jeunes n’ont plus aucune confiance dans la société, pour casser cette méfiance il faut se donner le temps, les suivre régulièrement, car ce n’est qu’à long terme que pourront tomber les barrières qu’ils se sont constituées pour se protéger des autres, afin d’envisager autre chose que la vie en rue. Notre intervention est complémentaire de celles des associations locales qui font un travail formidable ; nous nous devons donc de continuer à nous battre à leurs côtés car la détresse des enfants est tout simplement intolérable !

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Le Samusocial International est une ONG française qui a pour mission d’appuyer le développement de Samu-sociaux dans les grandes villes du monde pour lutter contre l’exclusion sociale des jeunes, enfants ou adultes de la rue en suivant une approche pluridisciplinaire, médico-psychologique et sociale. Au Caire, le SSI lutte depuis 2008 contre l’exclusion sociale des enfants et jeunes de la rue.

Dernière modification : 15/12/2014

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