15e conférence ministérielle africaine sur l’environnement

Retrouvez le discours prononcé par Annick Girardin le 4 mars 2015 au Caire à l’occasion de sa participation à la conférence ministérielle africaine sur l’environnement (AMCEN).

"Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame la Secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique,

Messieurs les co-Présidents de l’ADP,

Mesdames et Messieurs nos Hôtes égyptiens, que je remercie pour leur accueil chaleureux,

Je suis très heureuse de m’adresser à vous aujourd’hui. Je vous remercie de cette invitation à l’AMCEN, en cette année si importante pour la préservation de la planète et le développement. Avec les objectifs de développement durable à New York en septembre et la conférence de Paris sur le climat, nous avons deux rendez-vous essentiel pour construire un monde avec « sans carbone, et sans pauvreté ».

Sans carbone parce qu’il est plus qu’urgent d’agir si nous voulons retrouver le chemin des 2°C.

Le dérèglement climatique, c’est une menace pour le développement, c’est une menace pour la paix et la sécurité. C’est aussi une source d’injustice et d’inégalités, qui frappe d’abord les plus pauvres et les plus vulnérables. Pour certaines communautés, en Afrique, dans les petits États insulaires, c’est une question de survie. Le monde sans carbone ne pourra s’écrire que si nous arrivons, dans le même temps, à un monde sans pauvreté. Il serait vain en effet de demander à ceux qui ne sont pas responsable du dérèglement climatique de renoncer à la lutte contre la pauvreté pour se concentrer sur la préservation de la planète. Je pense aux pays en développement, et en particulier aux PMA, qui doivent aussi se concentrer sur le défi de la pauvreté, de l’accès à tous à l’énergie durable, à la santé, à l’éducation...

Vouloir répondre au défi climatique sans répondre en même temps au défi de la pauvreté, ce serait condamner à l’échec les négociations climat.

Ce serait nous priver des chances de rester en dessous de 2°C.

Ce serait nous priver aussi des avantages qu’offre la lutte contre le dérèglement climatique pour le développement.

Réduire les émissions, soutenir les énergies renouvelables, sécuriser l’approvisionnement en eau, tout cela permet à la fois de préserver la planète, d’améliorer la santé des populations.

Donner un accès à l’énergie moderne, par exemple le biogaz pour la cuisson, c’est par exemple agir pour mettre fin à 800 000 décès précoces par an de femmes et d’enfants lié à l’usage des énergies traditionnelles dans les pays en développement.

La lutte contre le dérèglement climatique c’est aussi des nouveaux emplois, de nouvelles industries. Je pense en particulier à la promesse des énergies renouvelables, sur le continent qui a le plus grand potentiel en énergie solaire du monde.

Cette vision d’un monde sans carbone et sans pauvreté, je sais que nous la partageons en grande partie. Et c’est sans doute pour cela que c’est une alliance entre l’Afrique et l’Union européenne qui permis, en 2011, de relancer le processus de négociation internationale sur le climat à Durban.

***

En 2015, la France ne sera pas membre d’une alliance, puisqu’elle aura la présidence de la COP21. Notre responsabilité, ce sera de faciliter les échanges entre des pays qui ont parfois des vues très différentes.

Cette responsabilité, nous allons la mettre au service d’un accord ambitieux, contraignant, universel, qui nous remette sur la trajectoire des 2°C.

Vous le savez : nous disposons, depuis la session de Genève, d’une ébauche de ce futur accord. C’est important, cela confirme ce que nous avons vu à Lima : nous progressons. Nous avançons.

C’est parfois compliqué, nous l’avons vu à Lima. Mais cela ne fait que renforcer notre volonté de travailler en toute confiance et en toute transparence. Il ne peut y avoir d’autres méthodes. Nous ne referons pas les erreurs de Copenhague.

L’écoute conditionne tout le reste. Et je suis venu vous le dire ici, vos messages, à Lima, puis à Genève ont été reçus cinq sur cinq. Je suis ici à votre écoute, et je resterai à votre disposition pour les écouter, jusqu’à la clôture de la conférence de Paris.

***

La conviction de la France est que nous devons former à Paris une « alliance pour le climat », qui regroupe l’ensemble des États mais aussi tous les acteurs : le secteur privé, les collectivités, les scientifiques, et bien sûr les citoyens. Le défi climatique touche à tous les aspects de la vie, à tous les secteurs de l’économie, il doit impliquer tout le monde.

L’accord de Paris, il peut se construire autour de 4 piliers.

Le premier pilier, c’est l’accord juridique

Cet accord, le mandat de Durban nous en a esquissé les contours, en quelques mots :

universel, pour ne laisser aucun pays sur le bord de la route ;

dynamique et durable, pour ne pas avoir à recommencer ces négociations tous les 5 ans ;

juste et équitable, car l’accord devra reconnaître la diversité des situations nationales, et en adaptant l’effort aux responsabilités et capacités de chacun ;

ambitieux, car il faut agir rapidement si nous voulons retrouver le chemin des 2°C.

Le deuxième pilier de l’accord, ce sont les contributions

Cet accord, il devra s’appuyer sur des contributions de tous les États. Ces contributions, avec leurs objectifs de réduction des émissions, mais aussi des éléments sur l’adaptation, ne sont pas une contrainte de plus, ou une entorse au principe des responsabilités communes mais différenciés.

C’est au contraire sa traduction. Chaque pays doit proposer ce qu’il peut faire, et ce qu’il considère comme juste de faire, au regard de l’objectif des 2°C. Il ne s’agit en aucun cas d’éluder la responsabilité des pays industrialisés, qui doivent prendre les engagements les plus forts. L’UE l’a fait en novembre dernier, avec un objectif de -40 %. Les États-Unis et la Chine ont communiqué des premiers chiffres. La Suisse vient de publier sa contribution. Nous avons des responsabilités particulières, nous les assumons et nous continuerons de les assumer.

Il est essentiel que tous les pays, y compris les pays africains, s’engagent au plus tôt dans la préparation de ces contributions : cela aura un effet d’entraînement considérable.

Pour les pays les plus pauvres, il est normal de faire figurer dans ces contributions ce que vous pourriez faire vos propres ressources, mais aussi avec un soutien de la communauté internationale. Je pense au partage des technologies, je pense bien sûr aussi aux financements.

Ces contributions c’est pour beaucoup de pays un exercice nouveau. Nous en sommes conscients ; c’est pour cela que la France a mis en place un programme d’appui pour les pays qui le souhaitent.

Le troisième pilier, ce sont les financements

Nous devons tenir l’engagement de Cancún de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, à partir de sources publiques et privées. La première vague de projets du Fonds Vert sera aussi l’occasion d’illustrer, dans les faits, l’importance capitale de l’adaptation. Les financements du climat, je les résume en deux mots : solidarité et responsabilité.

Solidarité, le président de la République l’a rappelé aux Philippines, parce que les plus pauvres sont les plus touchés, et qu’il faudra leur apporter toute l’aide que nous pouvons.

Responsabilité parce que chacun devra prendre les siennes. Les États, au Nord et au Sud, en mobilisant les financements publics, les collectivités territoriales en développant des projets de terrain, les entreprises en investissant massivement dans les secteurs de l’économie verte.

Le dernier pilier, c’est l’agenda des solutions.

Cet agenda des solutions, c’est celui de l’action immédiate du concret. La lutte contre le dérèglement climatique, ce ne sont pas que des négociateurs, dans des salles de négociations, en train d’écrire des textes. Ce sont aussi des actions de terrain, dans l’accès à l’énergie, l’adaptation, qui permettront d’aller plus vite et plus fort vers notre objectif.

Pour rester en dessous de 2°C, il faut agir dès aujourd’hui avec des actions concrètes et mesurables. Il faut mobiliser tous les acteurs, car seul on va plus vite, ensemble on va plus loin !

Nous sommes convaincus que ces quatre piliers peuvent produire à Paris un accord équilibré, à la hauteur de l’enjeu. Nous savons aussi qu’un tel résultat est à notre portée. Mais ce résultat ne pourra être obtenu sans l’Afrique.

L’Afrique, c’est le continent où les enjeux de préservation de la planète et de lutte contre la pauvreté sont le plus intimement liés.

L’Afrique a toujours été constructive dans les négociations, alliant l’ambition au pragmatisme. Vous pouvez aussi nous aider à construire des ponts : entre pays développés et en développement, vulnérables et moins vulnérables, convaincus et réticents.

***

Messieurs les Ministres, mes Chers Collègues,

L’accord idéal, ce n’est pas l’accord parfait. C’est le meilleur accord possible. C’est celui où chacun y trouve son compte. Celui où chacun fait son maximum.

C’est un accord qui met en mouvement l’ensemble des acteurs vers un but unique : l’action, la lutte contre le dérèglement climatique.

L’Afrique est en train d’inventer un nouveau modèle de développement qui concilie la recherche de la prospérité, avec le défi du dérèglement climatique.

Je peux vous assurer que la France continuera de se tenir à vos côtés, et à votre écoute, pour que vos pays puissent prendre toute la place qui leur revient dans le nouveau régime climatique que nous construisons ensemble. La COP21 a besoin de l’Afrique, et l’Afrique a besoin de la COP21.

Merci de votre attention."

Discours d’Annick Girardin du 5 mars 2015

Dernière modification : 11/03/2015

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